Extravafrench: Jessi Robertson nous plonge dans « Dark Matter » quand le vide devient chant
By Extravafrench
Je me souviens du moment précis où Dark Matter m’a happé. Ce n’était pas une écoute distraite, mais une chute lente, une immersion sans résistance dans une matière sonore dense, presque liquide. Ce disque ne commence pas, il apparaît — comme si Jessi Robertson ouvrait une porte dans le silence et nous invitait à flotter dans son obscurité.
Elle ne raconte pas une histoire : elle s’y dissout. Spooky Action at a Distance donne le ton, ou plutôt la température — celle d’un cœur en suspension. On croit d’abord à une chanson d’amour, mais c’est une théorie physique travestie en confession intime : deux âmes, séparées par l’espace, continuent de se sentir, de vibrer ensemble. Les guitares s’étirent comme des lignes de champ magnétique, la voix s’évapore dans un écho presque animal. On ne sait plus si l’on écoute un morceau ou si l’on traverse une onde.
Puis surgit Shadow War, un duel intérieur mené à voix nue. Il y a quelque chose d’infiniment humain dans cette lutte entre façade et vérité — cette envie d’être comprise sans oser se montrer vraiment. On entend la fatigue, la colère, mais aussi une étrange tendresse envers soi-même. Robertson chante comme on se parle dans le noir, quand plus rien ne nous protège du réel.
In Dreams Awake est un rêve qui a refusé de mourir au réveil. Le morceau plane, suspendu, entre la lucidité et l’abandon. Chaque accord semble respirer à la place de celle qui chante. On y devine une délivrance, discrète mais irréversible : l’artiste cesse d’imiter le monde et commence enfin à l’habiter.
Arrive ensuite The First Law of Thermodynamics, un titre que seul un esprit scientifique et poétique à la fois pouvait concevoir. Rien ne se perd, tout se transforme — même la douleur, surtout la douleur. Elle devient lumière, chaleur, matière. On la sent vibrer dans la guitare nue, dans la voix qui tremble, dans cette pudeur qui ne cache rien.
Avec Einstein-Rosen Bridge, Jessi explore les trous de ver intérieurs — ces raccourcis entre passé et présent, entre peur et compréhension. C’est un morceau d’une beauté clinique, précis et déchirant, où la voix semble surgir de l’autre côté d’un espace-temps intérieur.
Persistent Memory touche à la mémoire, non comme nostalgie, mais comme empreinte : ce qui reste gravé dans la chair quand tout le reste s’efface. Elle chante bas, comme si elle craignait de réveiller ses fantômes. Et pourtant, ils chantent avec elle.
Le virage arrive avec Rogue Star, plus libre, plus affirmé. On la sent sortir du brouillard, prête à s’échapper de son propre système solaire. Sa voix s’affirme, le rythme accélère : ce n’est plus la fuite, c’est la propulsion.
Et quand Object of Desire vient refermer le disque, ce n’est pas une fin, mais une orbite complète. Le désir, ici, n’est plus un manque : c’est une force de gravité. Une façon de tenir encore au monde.
Dark Matter est un album de renaissance par la science et le silence. Jessi Robertson ne chante pas pour séduire ni pour plaire : elle chante pour se recomposer, pour retrouver une cohérence entre le chaos et la clarté. Ce disque est un organisme vivant, plein d’erreurs magnifiques, de tremblements humains, d’intelligence émotionnelle pure.
Écouter Dark Matter, c’est comprendre que la lumière ne vient jamais seule — qu’elle ne prend tout son sens qu’en frôlant l’obscurité. Et dans cet espace intermédiaire, quelque part entre Kate Bush et une étoile mourante, Jessi Robertson vient de créer sa propre galaxie.
Translation
Note: This article was translated with the assistance of AI tools. Some portions may not be fully accurate.
I remember the precise moment when Dark Matter pulled me in. It wasn’t a distracted listen, but a slow fall — an unresisting immersion into a dense, almost liquid sonic substance. This record doesn’t begin; it appears — as if Jessi Robertson were opening a door in the silence and inviting us to float in her darkness.
She doesn’t tell a story; she dissolves into it. Spooky Action at a Distance sets the tone — or rather, the temperature — that of a heart in suspension. At first you think it’s a love song, but it’s a physical theory disguised as an intimate confession: two souls, separated by space, still sensing each other, still vibrating together. The guitars stretch out like magnetic field lines, the voice evaporates into an almost animal echo. You no longer know whether you’re listening to a song or passing through a wave.
Then comes Shadow War, an inner duel delivered bare‑voiced. There is something infinitely human in this struggle between façade and truth — that desire to be understood without daring to fully reveal oneself. You hear the fatigue, the anger, but also a strange tenderness toward oneself. Robertson sings the way we speak to ourselves in the dark, when nothing protects us from reality anymore.
In Dreams Awake is a dream that refused to die upon waking. The track hovers, suspended between lucidity and surrender. Each chord seems to breathe in place of the one who sings. You sense a release there — discreet but irreversible: the artist stops imitating the world and finally begins to inhabit it.
Next comes The First Law of Thermodynamics, a title only a mind both scientific and poetic could conceive. Nothing is lost, everything transforms — even pain, especially pain. It becomes light, heat, matter. You feel it vibrating in the bare guitar, in the trembling voice, in that modesty that hides nothing.
With Einstein‑Rosen Bridge, Jessi explores the inner wormholes — those shortcuts between past and present, between fear and understanding. It’s a piece of clinical beauty, precise and heartbreaking, where the voice seems to emerge from the other side of an internal space‑time.
Persistent Memory touches on memory not as nostalgia, but as imprint: what remains engraved in the flesh when everything else fades. She sings softly, as if afraid to wake her ghosts. And yet, they sing with her.
The shift arrives with Rogue Star, freer, more assertive. You feel her stepping out of the fog, ready to escape her own solar system. Her voice strengthens, the rhythm quickens: it’s no longer flight — it’s propulsion.
And when Object of Desire closes the record, it isn’t an ending but a completed orbit. Desire here is no longer a lack; it’s a gravitational force. A way of holding on to the world.
Dark Matter is an album of rebirth through science and silence. Jessi Robertson doesn’t sing to seduce or to please; she sings to reassemble herself, to rediscover coherence between chaos and clarity. This record is a living organism, full of magnificent errors, human tremors, and pure emotional intelligence.
Listening to Dark Matter is understanding that light never comes alone — that it only finds its meaning by brushing against darkness. And in that in‑between space, somewhere between Kate Bush and a dying star, Jessi Robertson has just created her own galaxy.